L’autobiographie de Malcolm X (1925-1965) enfin de nouveau disponible en français, grâce aux éditions indépendantes Hors d’atteinte ! L’occasion de mieux connaître ce militant afro-étatsunien emblématique, et pourtant méconnu, car dénigré par les médias du bloc bourgeois blanc qui lui ont toujours préféré la figure plus consensuelle du pasteur Martin Luther King.
Dans cette autobiographie monumentale, Malcolm X raconte son enfance difficile à Omaha (Nebraska) durant la Grande Dépression, le meurtre de son père par des racistes blancs, l’internement de sa mère et le déchirement de sa famille qui l’ont progressivement et irrémédiablement conduit dans le ghetto de Harlem à New York, « où des hommes noirs vivaient parqués comme des animaux et étaient traités comme des lépreux2 ».
Malgré les séquences lumineuses qu’il nous raconte, la rencontre avec de célèbres musicien·nes de jazz, les bals endiablés où il excelle au lindy hop, Malcolm Little cumule les petits boulots avant de finir par dealer, trafiquer à la loterie clandestine dans la pègre et cambrioler pour acheter ses doses de weed, puis de cocaïne.
C’est lorsqu’il atterrit en prison qu’il découvre l’existence de la Nation of Islam, le mouvement religieux d’Elijah Muhammad dont il devient un fervent disciple. La prison est pour lui une véritable renaissance : il y adopte une hygiène de vie rigoureuse pour soigner ses addictions et passe son temps à dévorer des livres et à débattre avec les autres détenus.
Une fois sorti de prison, Malcolm X devient le principal porte-parole de la Nation of Islam, et le bouc émissaire des médias blancs : il est accusé d’inciter les Noir·es à la violence, de prôner le suprémacisme noir, la ségrégation et la haine envers les Blanc·hes. Ces dernier·ères détestent qu’il cherche à éveiller la conscience politique des Noir·es « pour la plupart trop sourds, muets et aveugles, mentalement, moralement et spirituellement5 ».
Inlassablement, Malcolm X décrit comment la question raciale structure la société états-unienne, comment les Blanc·hes ont utilisé le christianisme pour asservir les peuples non blancs, les réduire en esclavage, les coloniser, les piller et les massacrer. Malcolm X parle d’un « lavage de cerveau » lorsqu’il dit que les Blanc·hes ont effacé la civilisation noire, ses langues, ses noms, ses coutumes, et inculqué chez les personnes noires la haine d’elles-mêmes.
Exclu de la Nation of Islam puis converti à l’islam orthodoxe à La Mecque, Malcolm X ne cessera d’encourager l’autodéfense du peuple noir, son autonomie intellectuelle et économique et l’éradication de ses vices, comme les addictions.
Refusant le compromis, il est aussi bien discrédité par les Blanc·hes pseudo réformateurices que par les militant·es noir·es « fous d’intégration », ces Oncles Tom qui recherchent l’approbation des Blanc·hes et se montrent toujours dociles, et finalement inoffensif·ves.
Une autobiographie puissante, recueillie peu avant son assassinat par Alex Haley, qui, au-delà de l’homme et de son époque, apporte un éclairage sur la manière dont la manipulation médiatique et les dynamiques de groupe peuvent empoisonner nos luttes.
Cependant, cette lecture montre bien qu’il ne faut idolâtrer personne : certes autodidacte passionné, militant inlassable et tenu par l’urgence de son idéal, Malcolm X n’en était pas moins profondément misogyne et antisémite.
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L'autobiographie de Malcolm X
Recueillie par Alex Haley
Préface d'Angela Davis
Postface de Maboula Soumahoro
Hors d'atteinte
2025
448 pages
24,50 euros