En novembre 2012, le journaliste Jean-Baptiste Malet s’est infiltré dans le monde fermé d’Amazon en devenant intérimaire de l’entrepôt de Montélimar, l’un des premiers à ouvrir en France. Comme la multinationale renvoie les journalistes vers son service de communication qui ne pratique que la langue de bois, le seul moyen d’approcher les salarié·es est de devenir l’un des leurs. Le journaliste a donc fait partie de cette armée d’intérimaires à qui on fait miroiter le CDI, mais qui ne seront en réalité jamais embauché·es après la surcharge d’activité des fêtes de Noël.
Jean-Baptiste Malet entre dans une usine à broyer les humain·es, des personnes corvéables à merci, traitées comme des machines, mais qui coûtent moins cher que des machines. La multinationale viole en toute impunité le droit du travail, par exemple en déduisant les temps de déplacement du temps de travail pour ne pas les rémunérer, en exerçant une forte pression sur les syndicalistes, en falsifiant les déclarations d’accidents de travail, ou en faisant croire aux salarié·es qu’il leur est interdit de parler aux journalistes.
Chaque employé·e est chronométré·e, surveillé·e, rentabilisé·e par des processus algorithmiques pour atteindre des objectifs quotidiens toujours plus élevés que ceux de la veille. Une productivité dont la seule limite est ce que le corps et l’esprit peuvent endurer dans un travail harassant, répétitif et abrutissant. Mais tout plutôt que le chômage.
Amazon, c’est une grande famille 🚩. Car, même si les accidents du travail sont nombreux (« work hard »), la bonne humeur est une injonction (« have fun »). Une vraie politique de management pour faire tolérer l’intolérable, avec des tombolas pour gagner des bons d’achat d’Amazon, des boîtes de chocolat pour Pâques, et des « Family Day »… Difficile de se syndiquer sans passer pour un·e traître, surtout qu'il est bien vu de dénoncer les collègues qui bravent l’interdit de se parler ou qui ne tiennent pas la cadence.
Aujourd’hui, Amazon possède 8 entrepôts en France et d’autres sont en construction. L’entreprise de Jeff Bezos doit son monopole grâce au soutien des gouvernements successifs depuis les années 2000, qu’ils soient de droite ou prétendument de gauche. À l’opposé de la prétendue « libre concurrence du marché », l’État s’est mis au service d’Amazon en lui versant des milliards d’euros de subventions pour s’installer en France, tout en ne réclamant aucun impôt sur les milliards d’euros de chiffres d’affaires.
Le succès d’Amazon repose aussi sur l’ignorance des client·es : maintenant que vous connaissez toute la souffrance et l’exploitation que contiennent vos colis, n’achetez plus rien sur Amazon, et surtout pas des livres !
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En Amazonie
Suivi de Reportages en Allemagne, France et Italie (2013-2017)
Jean-Baptiste Malet
Fayard (groupe Hachette, Bolloré)
Collection Pluriel
2013 (édition augmentée en 2019)
207 pages
7,50 euros