Pas de masques ? Pas de contagion !
Gérard Davet et Fabrice Lhomme, un tandem de journalistes du Monde bien connus pour leurs enquêtes dans les coulisses du pouvoir, ont mené une investigation sur la manière dont le gouvernement a géré la crise du Covid-19 en 2020.
Les journalistes se sont notamment appuyés sur l’enquête réalisée par la Cour de justice de la république qui a été chargée de déterminer si les ministres alors en poste sont responsables d’une mauvaise gestion de la crise. Mais, sans surprise, aucun·e des 3 ministres, à savoir Agnès Buzyn, Édouard Philippe et Olivier Véran, n’a été inculpé·e.
Pourtant, la Cour de justice de la république a réuni un million de documents (mails et SMS, rapports et notes, auditions des 3 ministres, de témoins et d’expert·es), qui montrent le manque d’anticipation et l’impréparation de l’exécutif face à l’éventualité d’une crise sanitaire. La pénurie de masques avait été signalée bien avant 2020, mais l’organisation administrative inefficace et la « dictature du budget3 » ont sans doute coûté la vie à des milliers de personnes.
Outre la pénurie de masques, les défaillances sont multiples : les pénuries de gel hydro-alcoolique, de respirateurs, de gants, de tests, de lits, mais aussi le manque structurel et intentionnel de personnel soignant, à qui on exige de faire toujours plus avec moins de moyens. On peut aussi dénoncer le confinement à retardement, le maintien des élections municipales, la focalisation sur la réforme des retraites à coups de 49.3 qui nous avait toustes mis·es dans la rue entre décembre 2019 et février 2020…
Au début de la pandémie de Covid-19, le gouvernement n’a eu de cesse d’utiliser des éléments de langage pour minimiser le danger. Et pourquoi Macron a-t-il créé un comité scientifique, assez fantomatique au demeurant, alors qu’il y avait déjà des structures existantes, si ce n’est pour donner l’impression d’agir ? Agnès Buzyn a-t-elle quitté son poste de ministre de la Santé en pleine crise volontairement, ou pour remplacer Benjamin Griveau après son affaire de dick pic ?
Cette reconstitution des prises de décisions au sommet de l’État permet de se rappeler une période sombre et confuse. À les écouter, personne n’a rien à se reprocher et tout le monde se renvoie la balle : dans ce grand dédale administratif, on occupe un poste le temps d’assouvir ses désirs carriéristes et de remplir son CV, mais apparemment jamais assez longtemps pour en assumer les responsabilités. Le livre aurait d’ailleurs eu besoin d’un organigramme de la haute administration française !
Les journalistes soulignent même que, non seulement personne ne se sent responsable, mais en plus Macron et son équipe, notamment Éric Dupont-Moretti, ont cherché à mettre des bâtons dans les roues des juges de la Cour de justice de la république, ce qui contrevient au principe de séparation et d’indépendance des pouvoirs.
Par ailleurs, qui anticipe les situations d’urgence, qui nous en protège ? Le pays est-il préparé aux différents risques possibles et imaginables ? Les mêmes erreurs vont-elles être commises encore et encore ? Car le système capitaliste est fondé sur une vision à court-terme et une politique publique du moindre coût, il a pour but de maintenir le statu quo : la richesse des un·es obtenue par l’exploitation des classes sociales les plus pauvres. Ce n’est pas l’altruisme et la solidarité qui guident notre société, mais la recherche constante de nouveaux marchés pour faire du profit.
La centralisation autoritaire du pouvoir à Paris nous a dépossédé·es localement de toute autonomie. C’est pourquoi je crois toujours que l’autogestion, l’éducation, le partage, l’entraide, l’égalité des conditions de vie sont des principes anarchistes qui permettraient une meilleure gestion collective des risques. ✊
1. Page 211. -2. Page 195. -3. Page 257, selon l’expression du général Richard Lizurey qui a été missionné en avril 2020 pour améliorer la gestion de l’administration en période de crise.
Les juges et l'assassin
Gérard Davet et Fabrice Lhomme
Flammarion
2025
23 euros
448 pages