Djamila Ribeiro, philosophe et féministe brésilienne, propose ce petit ouvrage qui aborde dans dix chapitres très courts les notions de racisme, de blanchité et de privilèges, ainsi que les moyens quotidiens, individuels et collectifs, de lutter contre le racisme.
Dans une société fondée sur le colonialisme, nous avons toustes des comportements racistes, à divers degrés, qu’on le veuille ou non. Si vous ne vous en rendez pas compte, alors cet ouvrage est justement fait pour vous !
Cet ouvrage est destiné aux personnes blanches qui doivent comprendre les mécanismes du racisme, et prendre en main leur propre éducation pour y mettre fin. Elles n’ont généralement pas à questionner leur blanchité et leurs privilèges, tandis que les personnes racisées sont sans cesse renvoyées à leur couleur de peau ou leur origine et confrontées au racisme depuis leur plus jeune âge.
Par exemple, ce n’est pas parce qu'on relationne avec des personnes racisées qu'on n'est pas raciste (le fameux « j’ai un ami noir »), car le racisme ne se manifeste pas seulement par la violence physique ou verbale, mais par une multitude de projections qui essentialisent et objectivent l’autre et diminuent notre empathie à son égard. C’est justement parce que ces projections racistes sont inconscientes, et parfois en apparence flatteuses, qu’elles sont particulièrement vicieuses, à l’instar de l’hypersexualisation et de la fétichisation des femmes noires (voir Amours silenciées de Christelle Murhula).
Plutôt que de se braquer, de nier et de tout ramener à soi, toute personne blanche peut entamer un processus de conscientisation, choisir de se décentrer en tant qu’individu et de se penser comme faisant partie d’un groupe social qui bénéficie de privilèges au détriment d’autres.
Il s’agit de reconnaître que le colonialisme est un système économique qui a bénéficié à la société blanche depuis des siècles, et qu’il façonne encore aujourd’hui l’organisation sociale et économique. Le racisme structure profondément notre société, tout comme le capitalisme, le patriarcat, le spécisme et le validisme. La place qu’on occupe dans la société, tout comme notre identité et nos choix les plus intimes, ne sont pas naturels, mais le fruit d’une construction sociale.
L’autrice ne cherche pas à culpabiliser les personnes blanches, mais à les responsabiliser pour agir en conséquence, pour voir comment on peut se comporter de manière antiraciste à différentes échelles et selon les contextes. Il s’agit par exemple de dénoncer le racisme partout où c’est possible, dans nos milieux personnels, familiaux, professionnels, même lorsque cela nous met dans une position inconfortable.
Grâce aux éditions indé Anacoana, nous avons accès à la pensée féministe noire d’Amérique du Sud pour nourrir notre propre réflexion sur le racisme en France et notre empathie. J’ai particulièrement apprécié son format très court et concret, qui permet d’aborder des notions parfois complexes sans les rendre intimidantes.
C’est justement l’ignorance qui perpétue les comportements racistes, même chez les personnes qui se croient les mieux intentionnées et les plus « tolérantes ». Ne pas vouloir observer et nommer les discriminations ne les empêchera pas de perdurer, bien au contraire. Personne n’est parfait·e, on fait toustes des erreurs, mais on apprend et on s’éduque tout au long de la vie.
👉 De la même maison d’édition : Manuel pratique de la haine.
1. Page 39-40. -2. Page 22.
Petit manuel antiraciste et féministe
Djamila Ribeiro
Préface de Françoise Vergès
éditions Anacaona
2020
132 pages
10 euros