Paris, début du XXe siècle. Marie-Claire est une jeune couturière qui travaille pour Mme Dalignac. À travers cette narratrice relativement peu incarnée à mon goût mais fine observatrice des mœurs, on découvre la petite société prolétarienne de la confection : parmi les couturières, il y a Sandrine qui s’esquinte au travail pour nourrir ses enfants né·es d’une union hors mariage avec Jacques, sa voisine Mlle Herminie encore obligée de coudre malgré son très vieil âge et le besoin de retourner dans sa Bourgogne natale, Bergeounette qui pousse la chansonnette pour faire passer leurs longues journées de travail, la jeune Gabielle qui se jette à corps perdu dans les bals parisiens le dimanche…
Mme Dalignac est très touchante même si elle n’est pas toujours une patronne crédible. Elle rémunère bien ses employées sans pour autant négocier ses prix auprès des clientes, à l’instar de Mlle Linella qui commande des robes sophistiquées dans un délai impossible. Au risque de courir à sa propre perte, comme ne cesse de le clamer sa belle-sœur Mme Doublé, qui se montre fort pressante et méchante envers elle.
C’est grâce aux éditions indépendantes Talents hauts que je découvre l’œuvre de Marguerite Audoux (1863-1937), dans la collection Les plumées qui met en avant les autrices oubliées.
J’ai adoré cette lecture tout à fait zolienne, ces personnages quasi exclusivement féminins, cette fine description du quotidien ouvrier et parisien, d’une époque où le droit du travail, l’industrialisation et la délocalisation n’existent pas encore. Marguerite Audoux, romancière injustement méconnue et oubliée, décrit les corps usés, penchés sur les machines à coudre, les mains abîmées par les gestes précis et répétitifs, les longues nuits de travail sans rémunération supplémentaire, ou au contraire les périodes sans travail et sans indemnité de chômage, quand les ouvrières sont obligées de se tourner vers des emplois encore plus épuisants et mal payés.
Si, comme moi, vous adorez Zola, foncez !
L'atelier de Marie-Claire
Marguerite Audoux
Editions Talents hauts
352 pages
7,90 euros