La journaliste Maud Le Rest part d’un constat simple mais généralement peu évoqué : les hommes ne prennent pas soin de leur santé mentale (ni de celles des autres), et ce sont les femmes qui en paient le prix (au sens propre et au figuré).
Pourquoi les hommes consultent-ils moins de psy ? Maud Le Rest évoque la psychophobie, l’interdiction de montrer sa vulnérabilité, la compétition masculine.
Socialisés dans une virilité souvent toxique, les hommes n’ont pas appris à identifier et exprimer leurs émotions, hormis la colère. S’ils ne peuvent pas reconnaître la tristesse, la peur, la déception, peuvent-ils seulement cerner qu’ils vont mal ?
Coupés d’eux-mêmes, privés de leurs sentiments, beaucoup d’hommes ne savent pas qui ils sont, et se perdent dans des comportements compulsifs et dangereux : addictions, violences physiques et verbales, conduite à risque au volant (rappelons que 84 % des personnes présumées responsables d’accidents mortels sont des hommes)... Ils prennent moins soin de leur santé physique, et peuvent avoir des difficultés à conserver leur travail et leurs liens affectifs puisqu’ils ne communiquent pas.
L’autrice explique que les hommes ont globalement des amitiés masculines assez superficielles, centrées sur des intérêts spécifiques ou des passions communes (les jeux vidéo, le foot), où les conversations à cœur ouvert sont rares. Effectivement, les amitiés entre les hommes que je connais m’ont toujours paru fades et ennuyeuses, alors que j’adore parler de tout, y compris des sujets intimes, et je pense que c’est pour cette raison qu’ils peuvent aimer ma compagnie.
En refusant de prendre en charge leur santé mentale, ils infligent les conséquences de leurs traumas à leur entourage, en particulier sur leur compagne au sein du couple hétérosexuel. Celle-ci prend toute la charge émotionnelle du couple, et devient une psy sans formation, bénévole et dévouée. D’ailleurs, les femmes hétéro consultent beaucoup pour parler de leurs relations avec leur conjoint. Double peine : subissent les violences d’un conjoint qui ne se prend pas en charge, et paient littéralement le prix exorbitant de leurs séances de psy.
Un essai facile à lire qui pointe un enjeu très précis et pourtant incontournable pour mettre fin aux oppressions, pas seulement le sexisme et le patriarcat. Les hommes ont clairement le pouvoir de ne plus être des oppresseurs en faisant un travail sur eux-mêmes et en s’éduquant. Puisqu’ils sont globalement mieux rémunérés que les femmes, qu’ils se paient des séances de psy !
👉 Voir : Pourquoi les hommes ne lisent pas d’ouvrages féministes ?
1. Page 28. -2. Page 80. -3. Page 92.
Tu devrais voir quelqu’un
Maud Le Rest
Éditions Anne Carrière
2024
176 pages
18 euros